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Humidité : distinguer remontée capillaire, infiltration et condensation
Se tromper de diagnostic coûte cher et ne règle rien. Un enduit ciment posé sur une remontée capillaire aggrave la situation ; une injection de résine sur une infiltration ne sert à rien. Voici comment faire la différence.
C'est l'erreur qui coûte le plus cher dans le bâti ancien : traiter une infiltration comme une remontée capillaire, ou l'inverse. Dans les deux cas on paie des travaux, et dans les deux cas le problème revient.
Ces deux phénomènes n'ont ni la même origine, ni la même signature visuelle, ni le même traitement. Voici comment les distinguer.
La remontée capillaire
L'eau du sol monte dans le mur par capillarité, comme dans un sucre trempé dans le café. Elle se produit sur les murs en contact avec un sol humide et dépourvus de coupure de capillarité — ce qui est le cas de la quasi-totalité du bâti antérieur aux années 1950.
Ce qui la signale :
- Une auréole horizontale et régulière en bas de mur, à hauteur assez constante — souvent entre 50 cm et 1,50 m.
- Du salpêtre : dépôt blanc pulvérulent, cristaux en surface, enduit qui se décolle en plaques.
- Une présence permanente, qui varie peu avec la météo mais s'accentue en saison humide.
- Une localisation sur les murs enterrés, en contact avec un talus, ou côté nord.
L'infiltration
L'eau entre par un défaut ponctuel de l'enveloppe : toiture, façade, menuiserie, réseau enterré. Elle suit ensuite un chemin qui n'est pas forcément vertical, ce qui explique que le point d'apparition soit souvent éloigné du point d'entrée.
Ce qui la signale :
- Une tache localisée et irrégulière, souvent en hauteur ou en plafond, aux contours nets et parfois cernés d'un liseré plus foncé.
- Une apparition ou une aggravation nette après une pluie, en particulier avec du vent d'une direction donnée.
- Une proximité avec un point singulier : cheminée, solin, rive de toiture, appui de fenêtre, descente d'eau pluviale.
- Une absence de salpêtre dans la plupart des cas — les sels viennent du sol, pas de la pluie.
Le troisième cas qu'on oublie : la condensation
Une part importante des problèmes d'humidité que je constate n'est ni l'un ni l'autre. C'est de la condensation, c'est-à-dire de la vapeur d'eau produite à l'intérieur du logement qui se dépose sur les surfaces froides.
Elle se reconnaît à des moisissures noires ponctuelles dans les angles de murs, derrière les meubles plaqués contre un mur extérieur, sur les tableaux de fenêtres, et dans les pièces d'eau. Elle est saisonnière, marquée l'hiver, et concerne particulièrement les logements bien isolés mais mal ventilés.
Le cas typique : une maison ancienne dont on a changé toutes les menuiseries pour du double vitrage étanche, sans installer de ventilation. L'humidité produite par les occupants — cuisine, douches, séchage du linge, respiration — ne sort plus. Les moisissures apparaissent dans l'année.
Le tableau de comparaison
| Critère | Capillarité | Infiltration | Condensation |
|---|---|---|---|
| Forme | Bande horizontale régulière | Tache localisée irrégulière | Points et angles, moisissures |
| Hauteur | Bas de mur | Variable, souvent haute | Angles, tableaux, plafonds froids |
| Salpêtre | Fréquent | Rare | Absent |
| Saisonnalité | Permanente | Liée aux pluies | Hivernale |
| Traitement | Drainage, coupure, enduit perspirant | Reprise du défaut d'enveloppe | Ventilation, traitement des ponts thermiques |
Les erreurs de traitement les plus coûteuses
L'enduit ciment sur un mur ancien. Il bloque l'évaporation. L'eau ne disparaît pas : elle monte plus haut, ou ressort là où elle peut, souvent à l'intérieur. C'est l'aggravation la plus fréquente que je constate.
Le doublage plaqué sans lame d'air. On masque le problème quelques mois, puis les moisissures se développent derrière la plaque, hors de vue, sur l'isolant.
L'injection de résine sans diagnostic préalable. Le procédé peut être pertinent contre les remontées capillaires. Appliqué sur une infiltration ou une condensation, il ne sert strictement à rien — et il se vend cher.
La peinture anti-humidité. Elle masque la trace, pas la cause. Le désordre réapparaît, en général plus haut.
Ce que je fais pour trancher
Je commence toujours par l'observation de la géométrie du désordre et de son contexte : nature du sol, topographie du terrain, présence de végétation, orientation, historique des travaux. Je mesure l'hygrométrie ambiante et je compare les relevés entre les pièces.
Ensuite, je fais parler la chronologie. Depuis quand ? Après quels travaux ? Après quelle météo ? La réponse à ces trois questions oriente le diagnostic plus sûrement que n'importe quel appareil.
Ce n'est qu'une fois la cause identifiée que je parle de solution. Dans l'autre sens, on achète un traitement en espérant qu'il corresponde au problème.